Image et vérité - Fondements conceptuels

Bases philosophiques et sémiotiques

Samedi 30 novembre: 10h30 – 18h00

Bases philosophiques et sémiotiques

Modératrice : Isabelle Touton (Université Bordeaux 3 – Michel de Montaigne)

11h00       SebastianHüsch (Universitéde Pau etdes Pays del’Adour)

Martin Heidegger: DieWelt alsBild. Lapensée dela modernité comme penséeen image

Dans sa conférence « Die Zeit des Weltbildes » de 1938, Martin Heidegger développe l’idée que l’essence de la métaphysique de l’époque moderne serait à comprendre à travers le devenir image du monde. Heidegger y décrit l’émergence d’une « société de l’image » mais qui trouverait ses origines non pas dans le développement d’une technologie audio-visuelle, mais dans ce que Heidegger identifie comme le « Grundgeschehen » métaphysique (« événement fondamental ») caractérisant notre époque. Sur la base des réflexions heideggériennes, les possibilités technologiques n’apparaissent plus comme la cause de l’évolution d’une société de l’image mais plutôt comme la manifestation d’une conception métaphysique particulière. En outre, l’importance de l’image pour la société moderne influe, selon Heidegger, également sur ce que nous considérons comme « vérité ». Pour Heidegger, il y a un rapport réciproque entre l’importance de l’image dans la métaphysique de la Modernité d’un côté et la conception de ce que celle-ci considère comme « vérité » de l’autre. La communication illustrera les grandes lignes de l’interprétation heideggérienne du monde comme image pour proposer des pistes de réflexion pour la question de l’importance de l’image pour l’époque moderne ainsi que pour le rapport entre image et vérité qui s’y exprime.

11h30      Sandra Santana(Universidadde Zaragoza)

Dessiner la réalité : vraisemblance et objectivité dans les images artistiques

Avant que l’artiste ne soit confronté au problème de la représentation de la réalité de façon plastique, il convient de déterminer en quoi consiste celle-ci selon des critères d’objectivité qui évoluent au cours du temps (ce que Lorrain Daston et Peter Galisto ont étudié avec les images scientifiques). Notre communication tentera de montrer la façon dont les images d’un style déterminé ou d’un courant pictural (tel que le réalisme, l’impressionnisme ou les arts des avant-gardes cubiste ou futuriste) cachent des conceptions de la réalité basée sur des préoccupations de nature scientifique et philosophique (Ernst Mach, Henri Bergson ou la géométrie non-euclidienne).

12h00       VictoriaPérez Royo (Universidadde Zaragoza)

L’image en crise. Formes de l’historiographie critique du corps en scène.

Nous proposons d’analyser une série de stratégies scéniques qui remettent en question les moyens historiographiques traditionnels permettant d’accéder à l’histoire de la danse. L’image dialectique de Benjamin, selon les interprétations de Susan Buck-Morss et de Didi-Huberman constitue un outil privilégié pour évaluer la puissance critique et perturbatrice de l’image du corps en scène.

Une image à double tranchant, entre mensonge et vérité

Modérateur : Jesús Alonso (Université Bordeaux 3 – Michel de Montaigne)

14h30 Ana García Varas (Universidad de Zaragoza).

De la sémantique iconique à la pragmatique des images : représentation, guerre et pouvoir

Nous proposons, dans notre intervention, d’étudier le pouvoir des images à travers l’analyse des représentations guerrières. Pour ce faire, nous examinerons dans un premier temps les visions de l’image données par deux perspectives fondamentales de l’interprétation des représentations guerrières au siècle passé, et qui défendent des conceptions opposées de l’icône : d’une part, la critique de l’image selon la pensée post-moderne, telle que la révèle l’étude des attentats du 11 septembre 2011 ; d’autre part, la réception positive des archives photographiques et cinématographiques de la guerre depuis le début du XXe siècle. En partant d’une critique de ces deux conceptions de l’image qui repose sur la distinction entre sens et référence iconiques, nous explorerons la façon dont une théorie des faits de l’image répond de façon plus adéquate aux mécanismes sémantiques des images et permet d’y saisir des formes de réflexion spécifiquement iconiques.

15h00 Kepa Sojo Gil (Universidad del País Vasco).

Le double langage des images : l’ironie dans Bienvenido Mr Marshall (1952) de Berlanga.

Bienvenido Mister Marshall (1952) est l’un des films les plus importants du cinéma espagnol. Dans l’histoire du cinéma du franquisme, il y a un avant et un après marqué par ce film de Berlanga qui reçut un accueil exceptionnel de la part du public et de la critique, laissa une trace importante au Festival de Cannes et marqua les Conversations de Salamanque en 1955. Nous essayerons dans notre intervention d’analyser la dichotomie entre mensonge et vérité, présente tout au long du film, basée sur l’utilisation parodique de divers genres et la manipulation idéologique.

15h30 Euriell Gobbé-Mévellec (Université de Toulouse Le Mirail).

Du visible au visuel: le travail de l’image dans l’album pour enfant en Espagne.

Face aux nouvelles images digitales interactives, l’album illustré pour enfants développe un nouveau type d’illustration que l’on pourrait qualifier de « résistant ». Seuls des efforts mentaux et un engagement dans la lecture visant à déchiffrer l’énigme du texte et de l’image permettent au lecteur d’accéder à la compréhension et à la vérité du récit. La littérature pour enfants qui adopte une logique visuelle de plus en plus marquée pour s’adapter de plus en plus aux capacités de lecture des jeunes écarte cependant la facilité didactique qui consisterait à rendre visible, ou palpable ce que l’on veut raconter. Toujours plus visuel et toujours moins visible, l’album illustré explore le potentiel esthétique et émotionnel d’une représentation invisible ou rendu invisible à émouvoir ou faire réfléchir le jeune lecteur.