Séminaire 1 – PAU

Images documentaires et vérité
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Cette journée de séminaire a pour finalité d’étudier, dans une perspective interdisciplinaire, la relation entre les images et l’Histoire et d’analyser dans quelle mesure et jusqu’à quel point on peut utiliser l’image d’archive en tant que matériau historiographique, à savoir en tant que matériau qui participe à la construction de la vérité historique et à sa transmission.
Si de nombreuses personnes valident la dimension documentaire de toute image du passé, selon Derrida : « il n’y a pas d’archive sans trace, mais toute trace n’est pas une archive dans la mesure où l’archive suppose non seulement une trace, mais que la trace soit appropriée, contrôlée, organisée » . À partir de cette réflexion du philosophe français, on pourra interroger, dans un premier temps, et en adoptant une perspective théorique et définitoire, la notion même d’image d’archives et analyser la façon dont une image acquiert ce statut spécifique.
Dans un second temps, il conviendra d’analyser ce matériel visuel dans sa relation avec l’Histoire et avec la vérité historique. Une première interprétation reviendrait à considérer l’usage des images photographiques ou cinématographiques comme une pure illustration du passé ou comme une preuve de la réalité historique. Selon cette perspective, l’image, en tant que trace visuelle, serait le fidèle reflet de la réalité passée. Cette interprétation a cependant ses limites car une image, fruit d’un processus d’élaboration, se construit toujours dans un but précis et manque de neutralité. Il s’agirait donc davantage de réfléchir sur les différentes formes d’appropriation et d’interprétation de ces images documentaires. Parmi les formes d’appropriation de l’image, nous pourrons par exemple analyser les cas suivants :
– des images d’archives utilisées dans des films de fiction pour identifier le temps du récit et lui conférer une certaine authenticité,
– des images d’archives dans des documentaires historiques où l’image a une valeur illustrative,
– des images de propagande (par exemple: le NODO, les photographies de la Révolution mexicaine…) et de déformation de la vérité historique,
– des films de “de montage” faits exclusivement à partir d’images d’archives (par exemple: Mourir à Madrid (1963) de Frédéric Rossif) ou au contraire des films qui rejettent l’usage d’images d’archives (dans la ligne de Shoah (1985) de Lanzmann), lorsqu’il n’existe pas d’images de ce passé ou que ce passé n’est pas éthiquement représentable.
– des images d’actualité ou de télévision permettant d’écrire l’Histoire du Présent (par exemple, les images du 11M en direct),
– des images privées ou de famille (par exemple, des photographies et d’autres documents de l’exil républicain espagnol) intégrées dans des films ou présentées dans des expositions visant à écrire l’histoire collective et familiale,
– de fausses images d’archives (par exemple: El Grito del sur: Casas Viejas (1996) de Basilio Martin Patino), des images documentaires crées et des formes d’expérimentation narrative. Dans ce cas, la fausse image ment-elle ou est-elle, au contraire, un instrument acceptable à l’heure d’écrire la vérité historique ?

Les propositions de communication devront inclure: nom, affiliation universitaire et un résumé de 200 mots. Il conviendra de les envoyer à l’adresse christellecolin79@hotmail.com avant le 25 octobre 2013.

Contact :
Christelle Colin/ Université de Pau et des Pays de l’Adour
Langues, Littératures et Civilisations de l’Arc Atlantique (EA 1925)
christellecolin79@hotmail.com

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Image et Vérité : Images d’archives, images documentaires et vérité historique

  • 13h45 : Ouverture de la journée
    • Abel Kouvouama (Directeur de l’UFR Lettres, Langues, Sciences Humaines)
    • Christelle Colin (Université de Pau et des Pays de l’Adour, Responsable territoriale RIVIC-Aquitaine et organisatrice de la journée)
  • Première partie
    • Modératrice : Marie-Pierre Ramouche (Université de Perpignan Via Domitia)
  • 14h : Pascale Peyraga (Université de Pau et des Pays de l’Adour)
    • La vérité photographique à la lumière du trompe-l’oeil : Ricard Martínez re-photographiant Agustí Centelles.

Résumé

A un moment où la question de la mémoire historique interpelle dans son entier une société espagnole longtemps contrainte au silence, les expériences de re-photographie du Barcelonais Ricard Martínez pourraient apparaître comme une tentative supplémentaire d’exhumation du passé, trouvant sa place à côté des excavations des fosses du franquiste et des manifestations artistiques construites sur la symbolique du dévoilement.

Pourtant, si la technique de la re-photographie, systématisée par le groupe de « Arqueologia del Punt de Vista », permet à l’image documentaire de surgir du passé pour faire irruption dans le quotidien du présent et lui donner une nouvelle vie, la récupération directe de l’événement passé n’est qu’une illusion fugace. Nous nous proposons au contraire de montrer que Ricard Martínez a sciemment construit ses installations comme un trompe l’œil, faisant œuvre de subversion à travers ses montages photographiques. La fusion apparente du passé et du présent renverse la chronologie historique et substitue à la vérité supposé d’une image documentaire la complexité d’un regard critique. En recourant à l’œuvre d’Agustí Centelles, ce n’est pas tant la survivance d’une image d’histoire que celle d’un regard novateur que Ricart Martínez vise à réactualiser dans le présent… Un positionnement, un regard, un point de vue passé permettant de construire les perspectives historiques de demain.

  •   14h30 : Marion Gautreau (Université de Toulouse Le Mirail)
    • Le lissage par l’image ou comment les usages photographiques réconcilient les
      différents acteurs de la Révolution mexicaine.

Résumé

À partir d’une révision diachronique sur trente ans (1910-1940) des photographies de la Révolution mexicaine dans différentes revues de Mexico, il est possible de suivre l’évolution des usages qui en ont été fait par les différentes rédactions. Il est surprenant d’observer à quel point les images produites et publiées pendant la guerre civile sont republiées avec des discours différents à la fin du conflit. La nécessité politique, ressentie dans les années vingt et trente, de réconcilier les différents courants révolutionnaires afin de présenter la Révolution comme un tout cohérent s’est traduite par une réutilisation orientée des photographies. Nous nous interrogerons donc sur l’écriture de la vérité historique à travers la presse illustrée pour comprendre de quelle manière des photographies d’actualité sont progressivement devenues des images de propagande.

  •  15h : Marjorie Janer (Université de Perpignan Via-Domitia)
    • L’historien face aux images d’archive de la Union Nacional Sinarquista : entre vérité historique et utilité stratégique.

Résumé

En mai 1997, grâce à l’appui du Chef National du Partido Demócrata Mexicano, j’eus accès aux archives de la Unión Nacional Sinarquista (U.N.S.) encore en leur possession. Les archives restantes, autrement dit, celles ayant échappé aux pillages et scissions successives, sont aujourd’hui essentiellement concentrées à l’Instituto Nacional de Antropología e Historia (I.N.A.H.) ainsi qu’à la Universidad Iberoamericana. L’essentiel des pièces que j’ai pu consulter constitue un ensemble de documents de communication : El Sinarquista, journal hebdomadaire paru durant la « Epoca Grande » del Sinarquismo, dans les années 30 et 40 ainsi que des films témoignant de défilés synarchistes.

Omniprésence des photos en dernière page d’El Sinarquita, indications textuelles du journal, images des défilés concordent : l’image occupe une place de choix dans la communication du Mouvement, l’esthétique et la mise en scène sont des données importantes des diverses formes de représentation dans les actes synarchistes.

A quoi renvoie cette considération manifeste pour la communication par l’image ? Correspond-elle à une véritable politique de communication réfléchie et concertée ou bien ces documents sont-ils l’œuvre de militants isolés ou de certains chefs manifestant ainsi leur intérêt personnel pour l’image? A quoi renvoie ce souci de la forme et de l’esthétique ?
Nous nous interrogerons parallèlement sur les possibilités d’orientation subjective qu’offre la reproduction photographique en soi ainsi que les diverses fonctions que la U.N.S. lui attribue. Ce n’est qu’à l’issue de cette étude complète que nous pourrons déterminer la valeur de ces documents en tant que données historiques.

Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons tant sur le décryptage des documents en notre possession que sur nos enquêtes de terrain.

Deuxième partie

  • Modératrice : Aránzazu Sarria Buil (Université Montaigne Bordeaux)
  • 15h45 : Jesús Alonso (Université Montaigne Bordeaux)
    • Image et vérité historique : le traitement de la Guerre Civile et du Franquisme dans les manuels d’histoire.

Résumé

Les manuels d’histoire constituent un outil pédagogique fondamental dans la formation d’élèves de toutes les générations et dans la transmission de la connaissance des faits historiques et constituent fréquemment une première étape de la découverte d’un passé plus ou moins éloigné dans le temps, mais toujours complexe. Et plus encore lorsque l’objectif consiste à approcher un événement comme la Guerre civile ou comme le Franquisme, dont les interprétations ont été amplement déterminées par des facteurs politiques et idéologiques éloignées de toute préoccupation historiographique ou de toute tentative d’aboutir à un consensus sur une relative vérité historique portant sur les deux périodes.

Partant de là, l’objectif de notre communication sera d’analyser l’utilisation des images photographiques dans la transmission du conflit et de la Dictature qui s’en est suivie, à travers l’étude des manuels d’histoire utilisés dans l’enseignement secondaire en Espagne. Quelles images ont été sélectionnées par les auteurs/éditeurs pour souligner les diverses dimensions des deux périodes, quelles ont été les différentes interprétations avancées et quel rôle elles ont joué dans cette dynamique, quels discours ont accompagné ces images et, pourquoi pas, leur absence, sont quelques-unes des questions auxquelles nous essayerons de répondre dans notre intervention. L’objectif de notre communication sera de révéler les diverses formes d’appropriation, d’interprétation et de diffusion auprès des jeunes de l’une des périodes les plus critiques de l’Histoire de l’Espagne à travers des images d’archives récupérées et diffusées à partir de ces publications.

  • 16h15 : Cecilia González (Université Montaigne Bordeaux)
    • La narration suspectée : le traitement des images d’archives dans le documentaire argentin de la génération des Fils.

Résumé

En partant de l’analyse de deux documentaires qui emblématisent des positions divergentes dans l’utilisation des archives filmiques ou photographiques, Los rubios (2003) d’Albertina Carri et El predio (2009) de Jonathan Perel, ce travail se propose de mettre en évidence la réflexion sur le lien entre vérité, représentation et narration posée par ces films qui reviennent sur l’histoire argentine récente, selon la perspective des fils de militants et/ou de disparus de la dernière dictature militaire argentine. Dans Los rubios, ce sont la mise à distance et l’exhibition des mécanismes de construction du récit qui prédominent, si bien que l’image d’archives apparaît comme un matériel soumis à un travail intense de montage et de construction narrative. El predio filme les installations l’ancienne ESMA, où fut mis en place le centre d’arrêt clandestin de torture le plus connu de la dictature. Le rejet de la reconstruction et de la simple illustration conduit Jonathan Perel à ne pas utiliser les images d’archives ou les témoignages oraux dans le documentaire.

  • 16h45 : Christelle Colin (Université de Pau et des Pays de l’Adour)
    • Du cinéma historiographique au cinéma poétique, No pasarán : álbum souvenir
      (2003) de Henri-François Imbert.

Résumé

Ma contribution à cette réflexion commune sur les images d’archives et documentaires et leur rapport avec la vérité historique devrait permettre de mettre en évidence la définition problématique de l’image d’archive. En effet, malgré un degré certain de subjectivité, on ne pourra cependant nier le rôle de ce type de document dans la reconstruction du passé. A partir de l’analyse de No pasarán album souvenir, un film documentaire réalisé par Henri-François Imbert en 2003 sur les républicains espagnols venus en France pour échapper au régime franquiste, il s’agira grâce à l’étude de la fonction des documents d’archives dans le film de montrer les tensions constantes entre un discours historiographique et un discours autocentré, réflexif voire poétique.