La reconstruction de la vérité par l'image

L'exhumation du passé
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Aussi bien la dictature franquiste que les dictatures latino-américaines des années 1960 à 1980 ont donné lieu à une production filmique et photographique abondante – qu’elle soit documentaire ou de fiction –, qui reviennent sur ces périodes traumatiques envisagées depuis divers points de vue. Dès les années 1980, on commence à réaliser des films, encore sous la Loi d’amnistie espagnole (du 15 octobre 1977) ou sous les Lois d’impunité argentine (de fin des années 1980), et il en sort encore aujourd’hui sur les écrans, dans un climat totalement différent. La Loi de Mémoire historique du 31 octobre 2007 – en Espagne – ou la déclaration d’« inconstitutionnalité » des « grâces de Menem » en 2010, par la Cour Suprême d’Argentine ouvrait en effet de nouvelles voies à la représentation filmique de ces événements de l’histoire récente.
L’idée de ce séminaire est d’observer la façon dont se construit la mémoire historique des dictatures à travers des images et le dialogue qu’entretiennent ces productions artistiques avec une « vérité historique », qu’elle soit réelle ou supposée. Considérant chacune de ces œuvres comme un « lieu de mémoire », tels que les définit Pierre Nora, il sera ntéressant d’analyser les moyens utilisés par les artistes pour offrir leur propre mémoire des gouvernements militaires. Les documentaires tels que La maleta mexicana (Trisha Ziff, 2011, Mexique/Espagne/EEUU) ou que Los caminos de los memoria (José Luis Peñafuerte, 2009, Espagne) insistent sur la problématique des exhumations et du dilemme vérité/oubli, alors que dans des films comme Infancia clandestina (Benjamín Ávila, 2012, Argentine) ou O ano en que meus pais saíram de férias (Cao Hamburger, 2006, Brésil), on essaye de montrer la vie quotidienne des enfants qui vécurent à l’époque de a dictature. Par ailleurs, nous ne pouvons que penser à certaines productions photographiques des dernières années, qui ne font pas tant référence à la révélation du passé historique (dans les dictatures ou en temps de guerre) qu’à la constatation de l’absence d’images ou à une vérité définitivement occultée (La misma Imagen a través de los días Socius II, Adrián Alemán).
A travers le temps et à travers la variété de thèmes développés dans ces médiums iconiques, la mémoire des dictatures se reconstruit peu à peu. Notre objectif est de confronter les points de vue exposés et les moyens techniques utilisés pour les défendre, afin de dessiner les contours de ces mémoires espagnoles et latino-américaines.

Contact :
Marion Gautreau / Université de Toulouse 2-Le Mirail
FRAMESPA UMR 5136
marion.gautreau@yahoo.com

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Revenir sur les dictatures. L’exhumation de la vérité à travers la production  filmique et photographique. Une double analyse Espagne/Amérique Latine

Revenir sur les dictatures. L’exhumation de la vérité à travers la production  filmique et photographique. Une double analyse Espagne/Amérique Latine

  1. 10h : Ouverture de la journée
    • Marion Gautreau (Coordinatrice territoriale RIVIC-Midi-Pyrénées)
    • Pascale Peyraga (Coordinatrice générale du RIVIC)
  2. Première partie
    • Modératrice : Euriell Gobbé-Mévellec (Université de Toulouse 2 – Le Mirail)
  3. 10h15 : Sylvain Dreyer (Université et de Pau et des Pays de l’Adour)
    • Jorge Semprún et le deuil de la République

Résumé

« Les anciens combattants m’emmerdent » : cette phrase apparaît dans deux films de Jorge Semprún, La Guerre est finie d’Alain Resnais (1966, scénario de Jorge Semprun) et Les deux mémoires (1972-1974). L’écrivain attend la mort de Franco en 1975 pour évoquer son expérience d’exilé et d’opposant dans un premier texte qui oscille entre roman et autobiographie (Autobiografía de Federico Sánchez, Planeta, 1977 et Seuil 1978). D’autres suivront, en particulier Adieu, vive clarté… (Gallimard, 1998), Veinte años y un día (Tusquets, 2003 et Gallimard, 2004) et De l’exil à l’oubli : Camps de réfugiés espagnols en France 1936-1939 (Éditions Hugo et Compagnie, 2006). Cependant, dès 1966, en tant que scénariste de fiction puis en tant que documentariste, Semprún s’empare de la mémoire de la guerre civile et de la lutte contre le régime franquiste. Si les deux films La Guerre est finie et Les deux mémoires partagent la même interrogation historique, le choix de la fiction pour le premier et du documentaire pour le second permet d’examiner la stratégie tant testimoniale qu’esthétique de Semprún. A travers cet examen, nous entendons interroger les choix médiatiques (cinéma et littérature) et linguistiques de l’auteur (présence de l’espagnol et du français), ainsi que ses choix génériques (fiction et documentaire mais aussi régime autobiographique permettant l’énoncé d’une vérité subjective) et les principes historico-politiques qui transparaissent dans ces œuvres et qui, paradoxalement, oscillent entre impératif de la mémoire et nécessité de l’oubli. A travers ces films et ces textes, Semprun semble tenter de dépasser la déploration des « anciens combattants » en jetant un regard neuf sur la dictature, un regard qui permette de penser l’après-Franco.

  1. 10h45 : Jean-Michel Mendiboure (Université Toulouse le Mirail)
    • « La mémoire en chantant » (à propos de Canciones para después de una guerra (1971), film de Basilio Martín Patino)

Résumé

Cette communication se propose de revenir sur un film du réalisateur espagnol Basilio Martín Patino (1930) qui associe des images d’actualité de la guerre et de l’après-guerre civile espagnole avec des chansons de la même époque. En s’appuyant sur quelques-uns des procédés par lesquels le réalisateur conjugue ces éléments, il s’agira de voir comment Martín Patino essaie de faire acte de mémoire.

  1. 11h15 : Aránzazu Sarria Buil (Université Montaigne Bordeaux)
    • Valeurs de l’image dans la construction discursive de l’histoire: les couvertures de Tiempo de Historia (1974-1982)

Résumé

Dans le panorama de l’édition espagnole mis en place après la Loi de la Presse de 1966, l’apparition d’une nouvelle revue dans les kiosques allait offrir, depuis sa première de couverture, les fragments d’un passé que l’on n’avait pas montré pendant des décennies. Et elle le faisait à partir d’images. C’est en décembre 1974 que Tiempo de historia, la nouvelle publication promue par José Angel Ezcurra et dirigée par Eduardo Haro Tecglen, vit le jour et engageant une démarche qui se prolongerait tout au long de la période de la transition jusqu’à la démocratie.

C’était une époque où l’action répressive de la dictature atteignait des degrés semblables à ceux des premières années du régime et, cependant, selon les secteurs d’opposition avides de liberté d’expression, on considérait que le moment était arrivé d’aborder le passé le plus immédiat depuis la perspective de la critique des fondements mythiques sur lesquels l’histoire officielle avait été construite. Suivant cet objectif, la revue devait développer une double modalité de représentation : texte et image, discours et photographie, dont l’indissociabilité permettrait l’exposition de faits historiques que l’on pourrait doter de la plus grande véracité.

L’efficacité de l’image ne reposerait pas sur sa visibilité mais sur sa capacité à exprimer une vérité porteuse d’une valeur historique.

En se basant sur l’articulation des deux registres qui se croisent, s’interrogent, mais ne se confondent jamais, est proposée une lecture du passé qui consiste à montrer et à présentifier ce que la dictature franquiste avait caché ou rendu invisible. Numéro après numéro, se tisse peu à peu un récit historique basé sur la récupération de personnages, d’événement et d’idées contemporaines qui, grâce à la relation que le texte entretient avec l’image, réussit non seulement à mettre fin à l’omission ou à la mise au rebut auxquelles le franquisme avait relégué certains événements du passé mais aussi à révéler la manipulation à laquelle le pouvoir avait soumis l’écriture de l’histoire. De là à la volonté de s’opposer à la vérité officielle avec des versions plurielles et des focalisations différentes, il n’y avait qu’un pas qui serait franchi dès les premières pages de la publication, qui donnèrent ainsi à l’image une valeur politique.

Pour réaliser cette étude, nous proposons de nous baser sur l’analyse des couvertures des 93 numéros mensuels qui constituent l’ensemble de la collection de Tiempo de Historia. L’espace de couverture sera pris comme support privilégié pour l’inclusion de l’image qui, mise au service de la connaissance d’un passé occulte ou contesté, dévoile les ressorts discursifs sur lesquels s’appuyait la dictature elle-même.

  1. 11h45 : Débat
  2. 12h30 : Déjeuner
  3. Deuxième partie
    • Modératrice : Pascale Peyraga (Université de Pau et des Pays de l’Adour)
  4.  14h30 : Agnès Surbezy (Université de Toulouse le Mirail)
    • À la croisée des chemins : Carta a Eva ou la dictature franquiste relue à l’aune des femmes

Résumé

Après avoir revisité la dictature franquiste à travers le regard d’un enfant, dans Pa negre, Agustí Villaronga se confronte à nouveau à cette thématique à travers la rencontre de trois femmes, femmes de tête et de convictions, dont les destins peu ordinaires vont se croiser à l’occasion de la venue en Espagne d’Evita Perón. Les histoires entremêlées de la très catholique Carmen Polo, épouse de Franco, de la très populaire Eva Perón et de la « rouge », Juana Doña, donnent au réalisateur l’occasion de nous donner une autre vision de l’Espagne de cette fin des année quarante (la visite d’Eva Perón a lieu en 1947), une vision qui met en avant des personnages féminins forts et questionne les rapports hommes-femmes. Mêlant images d’archives et fiction, ce film historique – et revendiqué comme tel – donne à voir au spectateur l’envers du décor : l’influence de ces personnages de l’ombre que sont les femmes, les rivalités et les mesquineries du pouvoir, le quotidien des plus humbles et des vaincus…

  1. 15h : Noelia Núñez (Universidad de Zaragoza)
    • Images fictives/Images réelles de la délinquance organisée au Mexique. Les actions gouvernementales pour la reconstruction de la mémoire historique nationale.

Résumé

Notre proposition prend appui sur les premières actions engagées par le gouvernement mexicain en matière de sécurité nationale, dont l’objectif final est de réduire le degré de violence atteint au cours des dernières années. Ces actions sont liées à la récupération de la mémoire historique du Mexique, à travers un processus de d’exhumation de la vérité, qui sera partiellement rendu possible par l’application de la Loi Générale des Victimes, approuvé le 9 janvier 2013. Mon but est d’analyser de façon comparative deux des films réalisés dans ce contexte : le film de fiction El Infierno (Luis Estrada, 2010) et le film documentaire La guerra de Calderón. 2191/ 100,000 (Jorge Serratos 2013). L’analyse des deux textes permet d’observer la façon dont l’image de fiction, dans ce cas, sert à reconstruire la vérité. Ces deux films montrent le degré de torture don test victime la nation mexicaine. On peut se demander dans quelle mesure ces témoignages visuels permettent d’entreprendre le chemin de la reconstruction de la mémoire historique du Mexique, tellement demandée par les citoyens mexicains, qui vivent actuellement dans un état de peur et d’angoisse face à la violence vécue dans la quasi-totalité du pays. Dans la communication présentée, nous soulignerons l’importance des documents visuels dans la reconstruction de la mémoire historique de la nation mexicaine. Dans ce cas, les œuvres de référence seront les films El Infierno (Luis Estrada, 2010) et La guerra de Calderón. 2191/ 100,000 (Jorge Serratos 2013), qui serviront à illustrer la barbarie vécue par le peuple mexicain, et pour apporter une réponse à ce problème, est nécessaire l’application urgente de la Loi Générale des Victimes. Celle-ci représente un pas en avant en matière de sureté publique de la part du gouvernement fédéral mexicain et cependant, pour une meilleure application de la loi, il sera nécessaire de revoir les postures des différentes organisations non gouvernementales et de la société en général.

  1. 15h30 : Marie-Pierre Ramouche (Université de Perpignan Via Domitia)
    • Les guerres sales d’hier et d’aujourd’hui dans El violín de Francisco Vargas

Résumé

Le film El violín du metteur en scène mexicain Francisco Vargas relate la lutte d’une guerrilla paysanne contre l’armée fédérale à travers le personnage de don Plutarque, un vieux violoniste manchot qui, à dos de mule et avec son violon comme seule arme, essaye d’aider le groupe de guerrilleros de son fils. Cette lutte semble se dérouler dans un premier temps pendant la « guerre sale » qui a opposé, pendant la décennie des années 70, l’armée mexicaine à des groupes de guerrilleros urbains et paysans, mais l’imprécision temporelle du film temps à nous parler d’une guerre atemporelle entre l’oubli et la mémoire, entre la vérité officielle et la réalité.

  1. 16h : Débat
  2. 16h30 : Clôture de la journée de séminaire